Ces mots de Jésus font partie du sermon sur la montagne, adressé aux disciples, séparément de la foule (Mt 5 v 1-2). Il leur dit comment prier (Mt 6 v 9 à 13). Pas comme les hypocrites (v 5), pas comme les païens (v 7), mais : prie ton Père qui voit dans le secret (v 6). En leur faisant dire ‘Père’, Jésus témoigne qu’ils le suivent : mon Père et votre Père (Jn 21 v 17). En priant, ils vont donc assumer d’être disciples : pardonne-nous comme nous pardonnons (v 12). Luc précise qu’ils ont demandé d’apprendre à prier (Lc 11 v 1 à 4).

 

Priez ainsi : que ton nom soit sanctifié.

Sois élevé comme le Dieu saint ! Cette demande s’aligne sur : je sanctifierai mon grand nom … que vous avez profané parmi les nations (Ez 36 v 23a), puis sur : elles reconnaitront que je suis l’Éternel … quand je serai sanctifié par vous sous leurs yeux (v 23b). Qui sanctifie le nom de l’Éternel ? Lui-même. Puis, par son Esprit (v 27), Israël devenu fidèle. Pas les nations. Le fait qu’elles reconnaissent l’Éternel, n’est que résultat de la fidélité de son peuple. Cela s’accomplit quand Christ mène ses disciples à sanctifier le nom du Père : ils prient que Dieu se révèle saint, et les aide à l’élever. En fait, « ton nom – ton règne – ta volonté » c’est un tout. Et ça prime sur avoir du pain, être pardonné, être délivré du mal.

Que ton règne vienne. Si Dieu sanctifie son nom alors son règne vient. Règne éternel : c’est à toi qu’appartient le règne ; règne approché en Christ ; règne qui vient à l’avènement de Christ. Cette triple caractéristique résulte de Dieu. Elle guide la prière des vrais disciples, ce qui correspond au dernier commandement : que celui qui entend dise : viens (Ap 22 v 17). Mais le règne de Dieu a encore une caractéristique : il est prêché par ceux qui l’ont reçu tels de petits enfants. Devenus disciples, ils prient que Dieu se manifeste Roi, et les aide à l’annoncer. Ainsi ‘que ton règne vienne’ contient ‘que ta volonté soit faite’.

 

Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Lc 11 ne rapporte pas cette phrase, qui semble implicite dans les deux premières : le nom de Dieu est sanctifié par lui-même, puis par les siens ; son règne vient par lui, servi par les siens. Sa volonté, pleinement faite au ciel, doit aussi l’être par ses disciples. Prier qu’elle le soit sur terre comme au ciel, c’est adopter le standard suprême. C’est prier que des œuvres justes soient pratiquées par les saints. Des œuvres humbles ou massives, courantes ou exceptionnelles, pour confirmer la parole de la croix afin que quiconque puisse reconnaître l’Éternel. En nous faisant dire : ta volonté soit faite, Jésus nous engage à faire.

En nous faisant dire : comme au ciel, Jésus nous indique la norme sainte. Il nous fait confesser, en prière, que le Père est aux cieux. Son nom – son règne – sa volonté est très haut ! ‘Comme au ciel’ est la norme de vie que tout disciple doit adopter, sans l’amoindrir. Elle est par exemple : soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait (Mt 6 v 48). Hélas, combien facilement notre cœur humain rabaisse cette norme. Couramment il la limite par une tiède incrédulité. Ordinairement il la réduit aux usages de tel milieu ecclésial. Naturellement il la neutralise par la paresse, vite installée. Dramatiquement il la pollue par des idéaux humanistes.

 

Notre Père qui es ‘aux cieux’.

En faisant dire cela, Jésus fait confesser une distinction entre ciel et terre, pour nourrir une espérance placée en haut. ‘Comme au ciel’ est la norme élevée à laquelle il nous fait aspirer. Il ne faut ni la rabaisser, ni lui donner un sens qui surpasse les promesses de Christ. Pour lui, ‘sur terre comme au ciel’ n’est pas ‘le ciel sur terre’. Bien sûr, Dieu se révèle et intervient sur terre. Toutefois, ni quand il visite Abraham, ni quand la nuée remplit le Tabernacle au point que les sacrificateurs ne peuvent y rester, ni quand Jésus guérit tous ceux qui viennent à lui, ni quand l’Esprit Saint tombe sur les 120, la Bible ne dit que le ciel était sur terre. En fait elle ne le dit jamais.

L’expression ‘le ciel sur la terre’ est poésie humaine, parfois slogan accrocheur. Mais Jésus ne dit pas de prier : ‘que le ciel vienne sur la terre’. La Bible ne valide pas des formules comme « il n’y a pas de privation au ciel, il ne doit pas y en avoir sur terre ». Au Seigneur, fatigué dans la barque, aurions-nous opposé : il n’y pas de fatigue au ciel ? À Paul, affligé d’une écharde dans la chair, aurions-nous opposé : il n’y a pas d’écharde au ciel ?

 

Une espérance produite par les paroles de Jésus.

Ta volonté soit faite sur terre comme au ciel : cette demande donc vise la fidélité des disciples. Et non l’avènement d’un monde qui ferait la volonté de Dieu. Car il ne la fera pas : des Évangiles jusqu’à l’Apocalypse, il reste monde de ténèbres (Eph 6 v 12), de souillures (Jcq 1 v 27), écoutant les faux prophètes (1 Jn 4 v 4-5). Après avoir dit que la bonne nouvelle sera prêchée à toutes les ethnies (Mc 13 v 10), Jésus annonce-t-il que la nature du monde va changer ? Non. Il dit : vous serez haïs de tous à cause de mon nom (v 13).

D’une part le NT donne à espérer qu’une ville presque entière entende la prédication (Act 13 v 44), d’autre part il rappelle que sa nature reste inimitié contre Dieu (v 50). La vraie espérance suit les promesses de Dieu mais ne peut les dépasser. Sa promesse n’est pas de régénérer le présent siècle mauvais mais de nous en arracher (Gal 1 v 4) pour nous donner à son Fils (Jn 17 v 6).

 

Conclusion.

C’est en remplissant les siens que la volonté de Dieu se fait sur terre. Jésus a enseigné une prière qui engage ceux qui la prient : c’est à eux de sanctifier le nom du Père, c’est à dire servir son règne, c’est à dire faire sa volonté. À ceux qui prient ainsi, seul dans leur chambre, Jésus promet que Dieu les récompensera ! (Mt 6 v 6).