C’est la dernière directive de Paul (2 Tim 4 v 2).  Elle dit que certains doivent prêcher, et surtout que Dieu a déjà donné le contenu qu’ils doivent prêcher. Ce contenu est l’ensemble des paroles que Dieu a fait écrire dans la Bible.  Comment les transmettre au mieux ? En suivant le texte biblique (exemple, Marc ch 1), ou en exposant des thèmes bibliques (exemple, le royaume) ?  Pendant la Réforme, la prédication était textuelle (le chant aussi) et suivait, au long des années, la Bible entière. Chez nous, évangéliques, elle est presque toujours thématique. Pour y réfléchir selon Dieu, écoutons-le :

 

Le dernier commandement de la loi.

Ayant fait écrire sa parole pour Israël, l’Éternel conclut : Tous les sept ans … tu liras cette loi devant hommes, femmes, enfants, immigrants … afin qu’ils l’entendent et apprennent à craindre l’Éternel et à mettre en pratique toutes les paroles de cette loi (Dt 31 v 10 à 13). Loi que, dans l’intervalle, les sacrificateurs devaient enseigner (Lév 10 v 11).  Pendant de longs siècles l’AT ne relève pas la pratique d’une lecture publique en Israël, mais relève une infidélité récurrente.

Au retour d’exil, Esdras apporta la loi devant l’assemblée … il lut dans le livre depuis le matin jusqu’au milieu du jour en présence des hommes et femmes … tout le peuple était attentif à la lecture du livre de la loi (Néh 8 v 1 à 3). Les Lévites lisaient distinctement dans le livre, dans la loi de Dieu, et en donnaient le sens pour faire comprendre ce qu’ils avaient lu (v 7-8).  Ils trouvèrent écrit dans la loi que les Israélites devaient habiter sous des huttes pendant la fête du septième mois (v 14). Toute l’assemblée … habita sous ces huttes. Depuis les jours de Josué … les Israélites n’avaient rien fait de pareil … on lut dans le livre de la loi de Dieu chaque jour (v 17-18).

 

La dernière directive de Paul.

Sans surprise, il écrit : applique-toi à la lecture (à voix haute pour toute l’assemblée), l’exhortation, l’enseignement (1 Tim 4 v 13). Et il conclut sa vie en écrivant : prêche la parole (2 Tim 4 v 2), c’est à dire prêche fidèlement l’Écriture sainte, le Christ verbe vivant, l’enseignement même de Dieu.  Paul ne cache pas l’enjeu : que l’Église reste fidèle à la vérité, et en soit sainement nourrie. Son avertissement est : il viendra un temps où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine (v 3).

Comme l’AT, le NT fait de la lecture biblique le socle de l’exhortation et de l’enseignement.  Comparaison : si on prépare des repas c’est avant tout car on croit que la nourriture a en elle-même la vertu de nourrir. De même, si on prêche c’est avant tout car on croit que la parole écrite de Dieu a en elle-même la vertu de parler !  Prêcher consiste à lire la Bible et la proclamer. Parfois sans explications ni arguments. Et parfois avec, mais pour faire comprendre ce qui a été lu, pour servir la saine doctrine.

Tout prédicateur peut s’interroger.  Est-ce que j’ai plus foi en mes paroles qu’en celles de Dieu ? Est-ce que j’expose le texte ou le thème en respectant le sens ? Est-ce que j’oriente les oreilles de l’église vers les paroles de Dieu, pour les admirer ensemble, les souligner, les expliquer ? Mon prêche a-t-il une vertu s’il n’a pas pour essence la Bible ? N’est-elle pas la première nourriture du corps de Christ ? N’est-elle pas, en elle-même, toujours pleine du Saint Esprit qui en est l’auteur ?

 

Prêcher un thème biblique, prêcher le texte biblique.

Dans les deux cas, le prédicateur doit servir les Écritures. Pourquoi ? Parce que le premier profit des saints sera d’entendre et connaître Dieu tel qu’il est vraiment.

La prédication thématique le fait connaître, si elle esquisse une vue d’ensemble du thème et dit sa signification dans la Bible (signification souvent autre que dans l’emploi profane des mots, par exemple alliance, sainteté, amour).  Un avantage est que l’auditeur retient une idée, et non plusieurs.  Mais, il faut l’admettre, le choix du thème dépend trop de nous, milieu, tempérament, mode. Des années durant, l’église peut alors entendre certaines paroles de Dieu (grâce, foi, justice) mais jamais d’autres (souffrance, parousie, jugement), ou inversement. Savons-nous mieux que Dieu de quoi son Église a besoin ? Face aux besoins immédiats, nous prions qu’il inspire nos thèmes. Mais nous oublions que rien n’est plus inspiré que la Bible, révélant Dieu sur le long terme et répondant à tout besoin.

La prédication textuelle fait connaître les voies de Dieu comme il les décrit lui-même, pour se révéler, et éduquer. Plus qu’aucune autre, elle laisse Dieu parler ! Elle le fait adorer, elle imprègne, affermit, console, corrige. Au long des années et de livres bibliques entiers, aucune de ses paroles n’est tue.  Un avantage est que l’auditeur se trouve en même temps lecteur de la Bible. Il repart non avec le sentiment que seule une bonne prédication peut le nourrir, mais avec celui que par les Écritures Dieu le nourrit.

Vu ce qu’ont écrit Moïse puis Paul (voir aussi 3 Tim 3 v 15), il semble bien que suivre le texte doive être prioritaire. C’est à dire constituer au moins la moitié des prédications.  Ne prêcher que thématique appauvrit le peuple de Dieu. S’il n’entend qu’une partie de la Bible, il se carence aussi sûrement que si une partie de la prédication n’est pas biblique.  Le constat « Israël n’avait pas fait ça depuis Josué » (Néh 8 v 17) implique : « pas au temps des Juges, ni de Samuel, de David, d’Ézéchias, etc ». De même aujourd’hui, les dons de grands hommes de Dieu ne masquent-ils pas un éloignement du texte biblique par certains d’entre eux, et par beaucoup d’entre nous ?

 

Annonçant la fin du monde, Jésus ajoute une dernière directive.

Pour aider les siens à se tenir prêts, il parle de serviteur fidèle et prudent, que son seigneur a établi sur ses gens, pour leur donner la nourriture au temps convenable (Mt 24 v 44-45). Notre Seigneur couronne ce qu’écrivent Moïse et Paul : Dieu a prévu que sa parole soit la nourriture de son peuple.

 

voir aussi :  SERVIR LES PAROLES DE JÉSUS, OU SE SERVIR D’ELLES ?

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