Quel bénéfice de lire avec soin ce que Jésus dit aux disciples avant de les envoyer !  Dans un premier temps, ce qu’il dit aux douze puis aux soixante-dix. Ensuite, ce qu’il dit à la fin de Matthieu, Marc, Luc, et vers la fin de Jean.

(le prochain article réfléchira à ce qu’on fait des termes de l’envoi : on y obéit, ou on retranche, on remplace, on ajoute ?)

 

première partie

L’ENVOI INAUGURAL VERS ISRAËL

 

Le premier envoi des douze.

Jésus appela ses disciples et leur donna l’autorité de chasser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité (Mt 10 v 1). Jésus les envoya après leur avoir donné les recommandations suivantes : n’allez pas vers les païensplutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël ; en chemin prêchez que le royaume de Dieu est proche, guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ; ne prenez ni or ni argent (v 5 à 10).  Le même envoi est résumé en Marc, qui précise : ils prêchèrent la repentance (Mc 6 v 7 à 13). Et aussi en Luc, qui précise : ils annonçaient la bonne nouvelle (Lc 9 v 1 à 6).

N’allez pas vers les païens :  bien que provisoire, cette consigne atteste une réalité importante : fidèle à l’élection d’Abraham, c’est à Israël que Dieu a promis la nouvelle alliance (Jér 31 v 31). Si donc les douze prêchent la repentance et la bonne nouvelle, c’est que Dieu avait toujours fait dire à Sion : revenez à moi (Joël 2 v 12), et prédire : qu’ils sont beaux les pieds du messager de bonnes nouvelles (Es 52 v 7).  Ensuite, c’est aussi par fidélité à l’élection que Dieu ouvrira la nouvelle alliance à toute famille de la terre.

Il leur donna l’autorité de :  par ces signes Jésus fait diffuser que la réconciliation de Yawéh approche, depuis l’incarnation : le temps est accompli et le royaume de Dieu est proche. Recevoir une telle autorité (par anticipation sur les dons qui suivront Pentecôte) fait des douze les prototypes, non de chaque individu chrétien, mais plutôt de l’Église corps collectif. Individuellement, ceux qui auront cru, pourront accomplir des signes (Mc 16 v 17) ou pas : tous font-ils des miracles ? (1 Co 12 v 29).

Lorsqu’on ne vous recevra pas et qu’on n’écoutera pas vos paroles (Mt 10 v 14) :  Jésus leur signale des limites ; ils auront autorité de prêcher, pas de convaincre tout le monde. Les signes ne donneront pas pouvoir sur la volonté des auditeurs, car Jésus lui-même n’a pas pris ce pouvoir : le disciple n’est pas plus que le maître, ni le serviteur plus que son seigneur … s’ils ont surnommé le maitre de la maison Béelzébul, à combien plus forte raison surnommeront-ils ainsi les gens de sa maison (v 24-25).

 

L’envoi des soixante-dix, deux par deux.

Les termes de leur envoi sont moins forts que pour les douze, mais de nature comparable. Guérissez les malades qui s’y trouveront, et dites-leur : le royaume de Dieu s’est approché de vous (Lc 10 v 9). La suite montre qu’ils ont aussi chassé des démons.  Voici trois particularités concernant l’envoi des soixante-dix.  Un : ils sont ‘préparateurs’ car Jésus les envoie dans toute ville et tout endroit où lui-même devait aller (v 1).  Deux : avant même ses recommandations, Jésus leur donne – à eux qu’il envoie – une première responsabilité : priez donc le Seigneur de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson (v 2).  Trois : l’enjeu suprême de toute mission leur est souligné : réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux (v 20).  (rappel : mission vient du latin missio qui signifie envoi)

Miracles, royaume approché, repentance… caractérisent l’envoi inaugural des douze puis des soixante-dix. Ils ne prêchent pas encore la croix et la résurrection, le salut éternel, ni n’appellent à suivre Christ ; ces choses-là caractériseront l’envoi final des Évangiles.

 

 

deuxième partie

L’ENVOI APRÈS LA RÉSURRECTION DE JÉSUS

 

L’envoi qui conclut l’Évangile selon Matthieu.

Jésus s’approcha et leur parla ainsi : toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et voici : je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28 v 18 à 20).

Ici, comme dans Marc, Luc et Jean, l’envoi final suit directement le récit de la résurrection de Jésus ; elle donne à l’envoi sa perspective.  Le contexte immédiat présente les envoyés comme obéissant à Jésus (v 16), l’adorant (v 17a), pas exempts de doutes (v 17b).

Faites des disciples :  ces mots réfèrent les premiers auditeurs à leur appel : suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes (Mt 4 v 19). C’est ça qui les a faits disciples de Jésus (Mt 5 v 1) et il en ira de même pour tout disciple futur. « Faire des disciples » sera donc transmettre l’appel de Jésus à le croire et à le suivre ; puis transmettre son enseignement. Bien sûr on fait des disciples de Jésus, pas de soi (Act 20 v 30).

Toutes les nations : c es mots renvoient à la promesse envers Abraham : toutes les familles de la terre seront bénies en toi (Gn 12 v 3), en ta descendance c’est à dire Christ (Gal 3 v 16). Ainsi, le mot « nations » désigne les ethnies non juives, pas les États politiques. La mission est d’évangéliser par exemple les basques ou les catalans, pas de faire de l’État français ou espagnol un disciple de Jésus (peut-on baptiser un État ?).

Enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit :  enseigner les nouveaux disciples fait partie de l’envoi. Ailleurs, Jésus donne à Pierre la charge de paître ses agneaux et ses brebis ; il précède deux millénaires d’anciens en églises : moi ancien comme eux (1 Pi 5 v 1).

Je suis tous les jours avec vous :  envoyés par le Maître, les siens pourront remplir leur mission uniquement parce qu’il est lui-même avec eux (à l’inverse d’un homme qui en mandate d’autres pour voter ou acheter en son nom, là où il ne peut aller lui-même).

 

L’envoi qui conclut l’Évangile selon Marc.

En fonction des manuscrits, Marc 16 présente après le v 8 soit une finale ‘longue’ soit une finale ‘courte’. Dans le texte ‘long’ on trouve : Puis il leur dit : allez dans le monde entier et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné … Ils s’en allèrent prêcher partout ; le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la parole par les signes qui l’accompagnaient (Mc 16 v 15-16 puis v 20).  Dans le texte ‘court’ on trouve un v 9 qui suit l’annonce de la résurrection à deux disciples femmes : Elles racontèrent brièvement aux compagnons de Pierre ce qui leur avait été annoncé. Ensuite Jésus lui-même envoya par eux, de l’orient jusqu’au couchant, la sainte et incorruptible proclamation du salut éternel.

Prêchez :  la mission explicite est de proclamer la sainte parole par laquelle les uns sont sauvés alors que d’autres sont condamnés. À ses envoyés, Jésus présente « croire ou ne pas croire » comme un enjeu de vie ou de mort pour tout homme. Cela d’autant plus solennellement qu’il vient de leur reprocher leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité (v 14).  Désormais il les charge de transmettre à tout homme que croire Dieu ou le faire menteur (1 Jn 5 v 10), ça ne revient pas du tout au même. Contrairement à ce que prétend celui qui, meurtrier dès le commencement, voudrait masquer la vie éternelle.

Les signes miraculeux :  le fait que dans le NT certains soient rares (saisir un serpent) et d’autres soient fréquents (imposer les mains pour une guérison, v 18), souligne qu’ils ne sont pas un but en soi mais sont au service de la prédication du salut éternel.

Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et il s’assit à la droite de Dieu :  cela fait le poids de l’envoi, l’assurance des envoyés, et aussi la foi de ceux qui croiront.

 

Le contenu de prédication que Jésus prescrit à la fin de l’Évangile selon Luc.

Et il leur dit : ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la repentance en vue du pardon des péchés serait prêchée en son nom à toutes les ethnies, à commencer par Jérusalem. Vous en êtes témoins (Lc 24 v 46 à 48).

Ce contenu de prédication, Jésus l’appuie explicitement sur ce que Dieu avait fait écrire : il fallait que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes (v 44). Il établit un lien entre la Bible et l’envoi : alors il leur ouvrit l’intelligence pour comprendre les Écritures (v 45), car la volonté de Dieu est que la parole des envoyés soit fondée sur ce qui est écrit. À savoir : la croix de Jésus, sa résurrection, la repentance, prêchées en son nom.

À commencer par Jérusalem :  ici Jésus confirme que la prédication doit aller vers les païens mais que les Juifs en resteront premiers destinataires.

Vous en êtes témoins :  Jésus redit que la nature de l’envoi est un témoignage et non un pouvoir de changer le monde.

Je vous enverrai ce que mon Père a promis (v 49) :  il est prévu que la mission ne soit réalisable qu’avec l’action du Saint Esprit, par lequel Jésus est avec ses envoyés. Ainsi, l’envoi est lié à la bénédiction de Christ (v 50), à son ascension, et au fait qu’il règne déjà (v 51).

 

L’envoi rapporté dans l’Évangile selon Jean.

Jésus leur dit à nouveau : paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit : recevez l’Esprit Saint. Si de certains vous remettez les péchés, ils leur ont été remis ; si de certains vous les retenez, ils leur ont été retenus (Jn 20 v 21 à 23).

Ce texte, écrit plus tard, implique de savoir ce que dit la fin des trois autres Évangiles. Comme eux, il réfère les envoyés à la croix et à l’Esprit Saint.

Paix à vous :  le Seigneur met un triple accent (v 19, 20, 26) sur la paix transmise à ceux qu’il va envoyer. Jésus souligne radicalement la raison de cette paix, c’est la croix : ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté (v 20). Cette paix avec Dieu est au cœur de l’envoi : à quiconque aura cru la parole du salut en Christ, ses envoyés certifieront le pardon des péchés ; mais pas à quiconque n’aura pas cru (vu le reste de la Bible, ce v 23 ne dit pas que les envoyés décident arbitrairement du pardon des péchés ou pas).  Merveille, les envoyés s’entendent dire par Jésus combien le croire est beau : heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru (v 29).

Recevez l’Esprit Saint :  leur attestation du pardon aura du crédit du fait même que l’Esprit de Jésus est en eux.

 

Résumé.

Selon l’ensemble de ce que dit la fin des Évangiles, l’envoi est :  – Pour prêcher la croix de Jésus donc la repentance et le pardon des péchés (Lc 24),  – pour appeler tout homme à croire la bonne nouvelle et être sauvé, ce dont les miracles sont signes (Mc 16),  – pour appeler quiconque à suivre Jésus, être baptisé et lui obéir (Mt 28),  – pour certifier le pardon des péchés à ceux qui croiront (Jn 21).

 

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