Quand on dit « j’espère que », en général ça implique qu’on n’est pas sûr (la Bible aussi l’évoque, Rm 15 v 24). Quand on parle d’espérance, ça peut désigner le fait d’espérer (la Bible souligne la ténacité d’Abraham espérant contre toute espérance, Rm 4 v 18). Mais ça peut aussi désigner la chose qu’on espère. Dans les Écritures l’espérance c’est surtout le contenu à espérer. Elles disent en qui il faut espérer ; ainsi, en écoutant ce que Dieu promet, on apprend quoi espérer. En ne l’écoutant pas on choisit ce qu’on veut espérer, mais ce sera sans garantie.

 

première partie

CE QU’ON ESPÈRE EST DÉFINI PAR L’ALLIANCE DE DIEU

 

On ne peut espérer que les choses promises par Dieu.

En effet : j’espère en ta promesse (Ps 119 v 74, 81, 114, 147), je m’attends à ta parole !  Ce qui définit la foi biblique, c’est qu’elle s’attache à ce que Dieu dit. Foi, espérance, amour (1 Co 13 v 13) : la foi s’attache au contenu d’espérance que l’amour de Dieu a indiqué. Si Dieu n’aime ni ne parle, on ignore quoi espérer, et il n’y a rien à croire. Quand Dieu donne son Esprit c’est pour illuminer les yeux du cœur, pour qu’on sache quelle est l’espérance de son appel (Eph 1 v 18) c’est à dire quel contenu d’espérance son appel indique.

Dans les deux Testaments, la chose à espérer est définie par la bouche de Dieu, par les termes de son alliance. AT : j’espère en ton salut, ô Éternel (Ps 119 v 166). NT : la foi et la connaissance de la vérité reposent sur l’espérance de la vie éternelle (Tit 1 v 1-2). L’alliance seule fait certitude : l’espérance ne trompe pas (Rm 5 v 5), la foi est une ferme assurance des choses qu’on espère (Héb 11 v 1). À l’inverse, être étrangers aux alliances de la promesse, c’est n’avoir pas d’espérance (Eph 2 v 12).

 

L’espérance est pour notre âme.

Cette espérance, nous l’avons comme une ancre solide et sûre, pour notre âme. Elle pénètre au-delà du voile, là où Jésus est entré pour nous en précurseur (Héb 6 v 19-20). Aux temps bibliques, l’ancre était peu différente de ce qu’elle est aujourd’hui : une lourde pièce de métal avec deux crochets, prolongée d’une corde. L’ancre c’est le tout, métal plus corde. D’une part, le métal s’accroche aux rochers invisibles sous les eaux ; de même l’espérance pénètre au-delà du voile, c’est à dire qu’elle trouve son contenu dans le monde céleste. D’autre part, la corde est nouée au bateau ; de même l’espérance est pour notre âme, fragile. La solidité du contenu espéré (le paradis où Jésus est notre précurseur) fait la sûreté de notre énergie à espérer : tu es le Dieu de mon salut, en toi j’espère tous les jours (Ps 25 v 5). Cette espérance est sûre, avec l’idée de confiance, de refuge, d’attente (idée présente dans les différents verbes hébreux ou grecs qui peuvent se traduire espérer).

 

Dans l’alliance avec Abraham, Israël espère en l’Éternel et en son secours.

L’AT mentionnait peu l’espérance de résurrection (Ps 49 v 16) ou d’éternité (Dn 12 v 2), pourtant dévoilée à certains (ils aspiraient à une patrie meilleure c’est à dire céleste, Héb 11 v 6). L’alliance avec Abraham allait acheminer vers le Fils de Dieu des gens ne bénéficiant que de l’alliance du Créateur envers toute âme vivante sur terre (Gn 9 v 9-10). C’est pourquoi l’alliance avec Abraham incluait d’abord un pays, une progéniture, un nom (Gn 12 v 2), pour ensuite bénir toute ethnie (v 3). Confirmée avec Moïse, elle incluait la délivrance de la main des oppresseurs et un pays découlant de lait et miel (Exd 3 v 8). Sous condition de fidélité, elle incluait la prospérité (Dt 28 v 4-6), la déroute des ennemis (v 7), des biens, la pluie (v 11-12). Les Israélites ont donc espéré des bienfaits terrestres mais pas seulement, les plus fidèles ont surtout espéré voir la main de Dieu. Leur espérance matérielle était liée à une espérance spirituelle. Espère en l’Éternel, garde sa voie, et il t’élèvera pour que tu possèdes le pays (Ps 37 v 34), était lié à : si vous gardez mon alliance vous m’appartiendrez en propre (Exd 19 v 5).

Conscients des promesses de Dieu, les fidèles de l’AT espèrent son secours. Ils emploient le mot ‘espérer’ face à la pauvreté, la détresse, l’abattement, la fosse, le danger, le méchant. Conscients aussi d’avoir violé les conditions de l’alliance, ils espèrent sa miséricorde. Ils emploient le mot ‘espérer’ en lien avec la tentation, l’illusoire force de l’homme, le repentir, l’indispensable pardon, l’infidélité ou la fidélité. Ils espèrent en Dieu. Et maintenant, Seigneur, que puis-je espérer ? En toi est mon attente ; délivre-moi de mes crimes (Ps 39 v 8-9).

 

L’alliance avec Abraham a pour sens une espérance dans le Messie.

Le Messie, postérité d’Abraham, était la promesse centrale ; presque tous les prophètes de l’AT l’ont annoncée ou évoquée. Longtemps, cette promesse a rencontré peu d’espérance explicite, parce qu’elle n’a été formulée que progressivement (Gn 3 v 15, Dt 18 v 15, etc). Même réalisée, elle a parfois été mal comprise (nous espérions que c’est lui qui allait délivrer Israël, Lc 24 v 21). Pourtant la piété des Israélites, puis celle des élus non juifs, doit beaucoup à l’obéissance d’Abraham acceptant de sacrifier à Dieu le fils de la promesse : parce que tu as fait cela … toutes les nations se diront bénies par ta descendance (Gn 22 v 16-18). Plus tard, la promesse s’est précisée : la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils (Es 7 v 14), livré en sacrifice de culpabilité (53 v 10).

 

 

 

deuxième partie

JÉSUS CHRIST NOTRE ESPÉRANCE

 

L’espérance se concentre en lui à tel point que, dans les Évangiles, le mot est rare parce que Christ est là ; puis le mot abonde dans le reste du NT.

 

L’espérance de la vie éternelle, que Dieu a promise avant l’origine des temps.

(Tit 1 v 2)  C’était donc l’espérance d’Israël (Act 28 v 20), que l’envoi du Messie a rendue claire, et surtout accessible par l’expiation véritable. C’est en cela qu’il y a introduction d’une meilleure espérance (Héb 7 v 19). Car Christ est médiateur d’une meilleure alliance, fondée sur de meilleures promesses (8 v 6), qui sont : justifiés par sa grâce nous devenons héritiers dans l’espérance de la vie éternelle (Tit 3 v 7). Quand le NT emploie le mot espérer, c’est : l’espérance d’être déclaré juste (Gal 5 v 5), le casque de l’espérance du salut (1 Thess 5 v 8), la bienheureuse espérance de l’apparition de Jésus Christ (Tit 2 v 13), voir Dieu (quiconque a cette espérance en lui se purifie comme lui est pur, 1 Jn 3 v 2-3). Espérance individuelle et collective.

L’espérance donnée par l’Évangile est céleste et future. L’espérance qui vous est réservée dans les cieux et que vous avez déjà entendue dans la parole de vérité de l’Évangile (Col 1 v 5). Ce contenu, céleste, crée en nous le fait d’espérer : espérez parfaitement en la grâce qui vous sera apportée lors de la révélation de Jésus Christ (1 Pi 1 v 13). Ce contenu, futur, nourrit notre attente : c’est en espérance que nous avons été sauvés … ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance (Rm 8 v 24-25).

 

Si c’est pour cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus pitoyables de tous les hommes.

(1 Co 15 v 19)  Pour les fidèles de l’AT, le contenu céleste de l’espérance était peu clair, mais le fait d’espérer en Dieu était le même. C’est pourquoi ils restent modèles par leur ténacité à espérer. Même si, selon les termes de l’alliance, ils attendaient plutôt des bénédictions terrestres et au présent. Le NT éclaire la perspective : il emploie le mot ‘espérance’ presque uniquement pour les choses éternelles. Avec deux exceptions : être délivré dans la persécution (2 Co 1 v 10) et avoir part au grain (1 Co 9 v 10) c’est à dire de quoi vivre pendant qu’on sert la parole de Dieu. Jésus dit : votre Père sait que vous en avez besoin (Mt 6 v 32), mais il précise : cela, ce sont les païens qui le recherchent. Dieu y pourvoit, mais ce n’est pas ça l’espérance de l’évangile.

Si donc nous avons la nourriture et le vêtement, cela nous suffira ; mais ceux qui veulent s’enrichir tombent dans la tentation (1 Tim 6 v 8-9). Les termes de la nouvelle alliance ne promettent pas qu’être fidèle à Christ garantira prospérité – santé – sécurité. La nouvelle alliance inclut moins de promesses matérielles que l’ancienne, et plus de promesses célestes. Cela parce que notre vie dans ce siècle est transitoire, comme l’est une tente en comparaison d’un édifice (2 Co 5 v 1 à 5) : nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir (Héb 13 v 14). Si nous espérons pour ici-bas davantage que ce qui est promis, nous serons déçus et ne pourrons pas en blâmer Dieu.

 

Pour le monde aussi, on peut espérer uniquement ce que Dieu a promis.

‘Le monde’ peut signifier soit le système rejetant Dieu, soit les humains. Du système Jésus dit : je ne te prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés (Jn 17 v 9), des humains il dit : afin que le monde croie que tu m’as envoyé (v 21). Au système, Dieu ne fait aucune promesse, mais lui prédit l’écroulement. Aux humains, Dieu adresse son appel à croire en son Fils crucifié pour leurs offenses et ressuscité pour leur justification. C’est cet appel qui contient la promesse de salut, et c’est cette promesse qui ouvre une espérance. Le ministère de Jésus accomplit la promesse envers Israël, et la prophétie : les nations espéreront en son nom (Mt 12 v 21), les nations étant les non juifs.

Car espérer en Christ se communique à d’autres, si Dieu leur donne la repentance pour connaître la vérité (2 Tim 2 v 25). La seule espérance que Jésus indique au monde, c’est le salut pour les repentants. Ainsi, il a promis un vrai témoignage mais prédit la multiplication du mal ; il a promis des signes miraculeux mais prédit l’apostasie. Espérer pour ce monde l’harmonie, la fin des guerres, la prospérité économique, ne résulte pas d’une promesse de Dieu. Au contraire : quand ils diront : paix et sécurité, une ruine soudaine les atteindra (1 Thess 5 v 3).

Mais ce qui subsiste c’est l’espérance éternelle !  Car les mots ‘en lui les nations espéreront’ (Rm 15 v 12) concernent le ministère de Christ… jusqu’à son retour. En effet Paul cite Es 11 où la racine d’Isaï est Jésus incarné (v 1) mais aussi glorifié (v 10), et où se télescopent son ministère terrestre (v 4) et la fin du mal (v 6 à 9).

 

Dieu nous a aimés et nous a donné une bonne espérance par grâce.

(2 Thess 2 v 16)  En effet si Dieu nous a régénérés, c’est pour une espérance vivante (1 Pi 1 v 3). Si nous travaillons et luttons c’est parce que nous espérons dans le Dieu vivant (1 Tim 4 v 10). Au long de notre vécu, la fidélité dans l’épreuve produit l’espérance (Rm 5 v 4). Alors nous pouvons nous réjouir en espérance, être patients dans la tribulation (12 v 12). Car Dieu nous nourrit afin que, par la patience et par la consolation que donnent les Écritures, nous ayons espérance (15 v 4). Si donc nous espérons, c’est moins par force d’âme que par l’Esprit de Dieu. Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de toute joie et paix, en croyant, pour que vous débordiez d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint. (15 v 13).