À notre sujet, la Bible parle du corps et du cœur. Elle les distingue bien ; cependant elle attribue à la fois au corps et au cœur, le péché ou l’obéissance. Ainsi, la Bible ne présente pas la différence corps-cœur comme une clé qui expliquerait le péché.  À mille reprises et de mille manières, Dieu adresse au cœur un « appel intégral ». Appel qu’il fonde sur son amour et son alliance, sur la croix de Christ ; et non sur une distinction entre l’âme et l’esprit de l’homme.

Cet article fait suite à : « L’ÉTERNEL SONDE LES CŒURS ».  Et à : « SAINTETÉ, DE CORPS ET D’ESPRIT », dont il remplace les annexes et les développe assez longuement.

 

première partie

COMPRENDRE QUE L’APPEL DE DIEU EST « INTÉGRAL »

La Bible parle du corps et du cœur.

La seule distinction bien nette que la Bible formule à notre sujet, est la distinction entre l’être physique et l’être qui subsiste après la mort. L’Éternel forma l’homme de la poussière du sol … il insuffla dans ses narines un souffle vital, et l’homme devint une âme vivante (Gn 2 v 7). En voici un écho célèbre : notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour (2 Co 4 v 16, cp 1 Sam 16 v 7). Quand Jésus dit que c’est du cœur que sortent les mauvaises pensées, il précise (en Mc 7) que c’est du dedans (v 21), et distingue ce qui vient du dehors (v 15 et 18). S’il en parle, c’est pour nous rendre saints de corps et d’esprit (1 Co 7 v 34).

L’être intérieur est nommé ‘cœur’, avec ou sans synonymes associés, les plus fréquents étant ‘âme’ et ‘esprit’. L’un comme l’autre est souvent employé seul pour désigner tout l’homme intérieur : ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme (Mt 10 v 28), ou : le corps sans esprit est mort (Jcq 2 v 26). Cette manière de mentionner le corps d’une part, l’âme ou l’esprit d’autre part, suggère que ces derniers sont un même être intérieur, plutôt que deux entités dissociables.

 

Les mots associés à ‘cœur’ font appel à l’homme entier.

Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force (Dt 6 v 5). C’est un appel global à la conscience, à tout ce qui est en moi (Ps 103 v 1), avec le vouloir et le faire (Phil 2 v 13). Le commandement enseigne un amour total et non trois amours distincts.  Ça s’éclaire quand Jésus cite : de tout ton cœur, toute ton âme, toute ta pensée (Mt 22 v 37), modifiant le troisième mot. Puis : de tout ton cœur, toute ton âme, toute ta pensée, toute ta force (Mc 12 v 29), ajoutant un quatrième mot. Puis : de tout ton cœur, toute ton âme, toute ta force, toute ta pensée (Lc 10 v 27), montrant que ni le nombre ni l’ordre des mots ne sont le message. Jésus n’enseigne pas d’avoir quatre amours distincts ni hiérarchisés.

En langage biblique l’association récurrente de certains mots vise à renforcer une idée : ici « l’appel intégral ». Exemple, les fréquents synonymes de ‘loi’ : tu aimeras l’Éternel, tu observeras ses préceptes, ses prescriptions, ses ordonnances, ses commandements (Dt 11 v 1). Cette multiplication de mots dit combien la loi est multi-utile pour nous former et nous attacher à Dieu, et non qu’elle se diviserait en quatre catégories.  Autre exemple, les fréquents synonymes de ‘péché’ : transgression, iniquité, désobéissance, rébellion…

Attention à ne pas interpréter le texte biblique en dissociant les mots quand il les associe entre eux. Le premier commandement n’implique pas que l’homme se composerait de trois parties, ou de quatre. C’est son entièreté que vise « l’appel intégral » : tu aimeras l’Éternel de tout ton cœur, et : le Père cherche des adorateurs en esprit et en vérité.  La fin de Salomon sert d’avertissement : son cœur ne fut plus tout entier à l’Éternel (1 Rois 11 v 4).

 

Dans le texte biblique les mots âme ou esprit sont interchangeables.

Ils le sont quasiment toujours, car ils désignent le cœur humain.  Au moment de la création, on lit : l’Éternel insuffla dans ses narines un souffle vital, et l’homme devint une âme vivante (Gn 2 v 7). Quand plus tard on lit : l’Éternel a formé l’esprit de l’homme au-dedans de lui, faut-il y voir une création additionnelle à Gn 2 ? Ou plutôt la création du même homme intérieur, désigné par un synonyme ?  La réponse est que les mots ‘âme’ et ‘esprit’ expriment tous deux premièrement le souffle de vie reçu de Dieu.

Quelques exemples.  Parlant de l’homme qu’il va détruire par le déluge, Dieu dit litt. : toute chair qui a esprit de vie (Gn 6 v 17) ; parlant de la famille de Jacob, le texte dit litt. : le total des âmes était de 70 (Gn 46 v 27). Moïse parle du Dieu des esprits de toute chair (Nbr 27 v 17) ; Élisée, priant pour une résurrection, dit litt. : que l’âme de cet enfant revienne en lui (1 Rois 17 v 21).  C’est pareil dans le NT. Quand Jésus ressuscite la fille de Jaïrus, le texte dit : son esprit revint en elle (Lc 8 v 55), et quand Paul ressuscite Eutychus, il dit : son âme est en lui (Act 20 v 10). Parlant de faire du bien à une personne, Jésus dit litt. : à une âme (Mc 3 v 4). Écrivant : que la grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit (Phil 4 v 23) Paul signifie : avec vos cœurs et vos pensées (v 7). Paul dit : afin que l’esprit soit sauvé au jour de Christ (1 Co 5 v 5), Pierre dit : remportant pour prix de votre foi le salut de vos âmes (1 Pi 1 v 9). Concernant Jésus homme, Jean rapporte que Jésus frémit en son esprit et fut troublé (Jn 11 v 33), puis dit : maintenant mon âme est troublée (12 v 27).

Exemples de synonymie explicite : je suis une femme qui a l’esprit accablé, je répandais mon âme devant l’Éternel (1 Sam 1 v 15). Ou : mon âme te désire de nuit, oui mon esprit au dedans de moi, te cherche diligemment (Es 26 v 9, cp Lc 1 v 46-47). Ou : demeurez fermes dans un seul et même esprit, combattant ensemble d’une même âme, avec la foi de l’Évangile (Phil 1 v 27).  Illustration connue : recto et verso d’une feuille ne sont pas deux feuilles ; ainsi âme et esprit ne sont pas vraiment dissociables.

Si on dissocie, on conçoit l’homme en trois parties : corps et âme et esprit (trichotomie) ; si on ne dissocie pas, on conçoit l’homme en deux parties : corps et âme-esprit (dichotomie).  Cet article doit beaucoup au travail d’Henri Blocher sur le sujet.

 

 

deuxième partie

FRACTIONNER L’HOMME INTÉRIEUR NE LE SANCTIFIE PAS

La Bible emploie les mots âme et esprit comme synonymes ; sauf deux fois, où elle évoque une distinction (1 Th 5 v 23 et Héb 12 v 4), mais sans en faire la clé de notre sainteté.

 

D’où vient l’idée de hiérarchiser entre âme et esprit ?

Sous l’influence du platonisme et du stoïcisme, Origène a opposé âme irrationnelle à esprit rationnel (au 3e siècle) : l’âme serait siège de sensibilité, pulsion vitale, émotion ; mais l’esprit-raison lui serait très supérieur.  Spiritualisant cette hiérarchie, certains ont opposé âme conscience de soi à esprit conscience de Dieu (au 20e siècle) : l’âme serait intelligence, volonté, sentiment ; l’esprit serait récepteur de Dieu, faculté transcendant la raison. Par son indépendance de Dieu, notre âme serait le problème ; par son union à Dieu, notre esprit serait la solution.  Très prisée dans le monde évangélique, cette théorie attribue à une partie du cœur ce que Dieu attribue au cœur entier. La théorie a des variantes (l’esprit seul serait l’homme nouveau, déjà parfait, ou inconscient, ou quasi divin) et elle a une constante : présenter la dissociation entre âme et esprit comme le secret du progrès spirituel. C’est un artifice.

Les textes bibliques ne définissent pas l’âme séparément de l’esprit, ne clivent pas entre âme centrée sur soi et esprit uni à Dieu (cf. 1 Co 2 v 11). Ni AT ni NT ne localisent l’impiété ou la piété d’un homme dans deux parties séparées de son être intérieur.  Quand Jésus dit : si ton frère pèche, puis revient disant : je me repens (Lc 17 v 4), faut-il spéculer que son âme a péché et son esprit se repent ? Quand Jésus poursuit : tu lui pardonneras, dit-il que c’est mon âme qui a été offensée et mon esprit qui doit pardonner ? Quand je me trouve être celui qui hait son frère (1 Jn 3 v 15), vais-je biaiser en disant que mon âme le déteste mais mon esprit l’aime ?

Remarque.  En écrivant : le mal, ce n’est plus moi qui l’accomplis, mais le péché qui habite en moi (Rm 7 v 20), Paul n’écrit pas : ce n’est plus mon esprit qui pèche c’est l’âme qui habite en moi. Le péché est comme une maladie, pas une partie de la créature que je suis.  Dans la Bible mon âme c’est mon cœur, mon esprit c’est mon cœur, mon cœur c’est moi, l’homme intérieur.

 

Est-ce que Hébreux 4 contredit cela ?

Car la parole de Dieu est vivante et énergique, plus tranchante que toute épée à double tranchant ; pénétrant jusqu’à la séparation d’âme et d’esprit, des jointures et des moelles ; jugeant les sentiments et les pensées du cœur (Hb 4 v 12), tout est mis à nu et terrassé aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte (v 13).  Voilà, dans toute la Bible, le seul verset qui parle explicitement d’une séparation entre âme et esprit de l’homme. Et c’est pour dire que la Parole juge les pensées du cœur.  Le texte dit que la parole pénètre jusque-là, et non que c’est elle qui sépare. L’idée n’est pas : pour être sanctifié il faut séparer âme et esprit, mais : il faut recevoir la parole de Dieu aussi profondément que possible. Idée renforcée par l’image des jointures et des moelles.  En fait, la paire de mots « âme et esprit » a pour contexte cinq autres paires de mots suggérant non une division radicale mais une similitude : « vivante et énergique, à double tranchant et pénétrante, jointures et moelles, dispositions et pensées du cœur, nu et terrassé ».  Réflexion : qui peut séparer en lui-même jointure et moelle ? et s’il veut les séparer en son prochain, ne va-t-il pas le tuer ?

Tout en mentionnant une séparation, Dieu ne donne pas d’élément pour la définir. Ainsi le disciple ne peut trouver la clé de ses progrès en lui-même, mais dans la parole sanctifiante de son Maître.  Quand la Bible évoque à peine qu’une chose existe, le but n’est pas de mettre des clés inédites entre nos mains ; le but reste de nous confier aux mains de Dieu !

 

La parole vivante de Dieu pénètre tout ensemble l’âme et l’esprit du croyant.

Les versets qui mentionnent l’âme ne pointent pas tous son aversion envers la loi de Dieu (Lv 26 v 15) ; beaucoup le font, et beaucoup signalent sa piété. Les versets qui mentionnent l’esprit ne pointent pas tous son lien à Dieu ; certains l’évoquent (1 Co 6 v 17), d’autres signalent sa corruption.

L’Éternel dit que mon âme peut l’aimer ; il n’enseigne pas que c’est spécifiquement mon esprit. Mon âme s’attend à lui (Ps 33 v 20), soupire après lui (Ps 42 v 2), elle se repose sur lui seul (Ps 62 v 1), s’attache à lui (Ps 63 v 8), elle chante ses louanges (Ps 71 v 23), elle observe ses préceptes (Ps 119 v 126), etc. Idem dans la nouvelle alliance : l’âme magnifie Dieu (Lc 1 v 46), elle se soumet aux autorités (Rm 13 v 1), elle fait la volonté de Dieu (Eph 6 v 6), elle a pour ancre l’espérance (Héb 6 v 19), etc.  L’âme n’est pas que volonté propre.

L’Éternel montre que mon esprit peut pécher ; il n’enseigne pas que c’est spécifiquement mon âme. Heureux l’homme dans l’esprit duquel il n’y a pas de fraude (Ps 32 v 2). L’esprit peut être abattu, affligé, défaillant (Ps 34, 77, 142, Es 61 etc.), et pas fidèle à Dieu (Ps 77 v 8), arrogant (Prov 16 v 18), ou piégé : ceux dont l’esprit s’égarait (Es 29 v 24). Les mensonges des faux prophètes viennent de ce qu’ils suivent leur propre esprit (Ez 13 v 3). Idem dans la nouvelle alliance : Dieu avertit contre les souillures de l’esprit du chrétien (2 Co 7 v 1), et contre l’esprit corrompu de mauvais enseignants (1 Tim 6 v 5).  L’esprit n’est pas que union à Dieu.

Cela est implicite même dans le verset : pourquoi t’abats-tu mon âme, et gémis-tu sur moi ? attends-toi à Dieu, car je le célèbrerai encore (Ps 42 v 6). Si on pense que ‘moi’ ou ‘je’ n’est pas l’auteur entier mais son esprit seul, ça implique ici que son esprit ne célèbre plus Dieu.

 

 

troisième partie

COMPRENDRE CE QUI SANCTIFIE

 

Avertissement.  La Bible parle de l’Esprit Saint, éternellement consubstantiel à Dieu. Elle parle tout autrement de l’esprit de l’homme ; cet esprit est créature de Dieu. C’est l’Éternel qui a formé l’esprit de l’homme au-dedans de lui. La Bible n’autorise pas à confondre Esprit et esprit (la majuscule – dans nos traductions – clarifie le sens imposé par le contexte). L’Esprit d’adoption rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu (Rm 8 v 15-16).  Confondre Esprit et esprit, m’orientera vers le mystique puis l’ésotérique. Surtout si je mets sur ‘le Saint-Esprit’ un accent qui ne va plus de pair avec ‘porter ma croix’ mais avec ‘me réaliser’.

 

Ce qui sanctifie c’est la parole de Dieu, par son Esprit et la croix du Christ.

Voilà la pointe de tout l’article.  Jésus s’est fait vrai homme, afin d’être crucifié pour les hommes tels qu’ils sont ; sa croix est le remède de Dieu pour eux.

Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs (Gal 5 v 24). Paul s’aligne sur ce que Jésus a posé : quiconque ne prend pas sa croix et ne me suit pas, ne peut être mon disciple (Lc 14 v 27).  Ceux qui sont au Christ n’ont pas d’autre croix que celle de Christ, pas d’autre puissance pour un renoncement vrai au mal. Pour Paul, crucifier la chair c’est garder au centre de sa vie la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde (Gal 5 v 14).  La vertu sanctifiante, c’est la mort expiatoire de Christ, appliquée à notre être entier par l’Esprit Saint. Dieu nous a sanctifiés par la croix (Héb 10 v 10) ; il continue de nous sanctifier par la parole de vérité (Jn 17 v 17) ; nous nous sanctifions en portant la croix. Dans le NT en effet, servir Dieu est lié à : porter avec nous la mort de Jésus (2 Co 4 v 10), être mort (Col 3 v 3), être crucifié avec Christ (Gal 2 v 20).

 

Le NT oppose la chair à l’Esprit de Dieu, non à l’esprit de l’homme.

Rappel : quand le mot ‘chair’ ne désigne pas le corps physique, il désigne un penchant au mal qui subsiste dans le chrétien ici-bas. Le NT ne localise pas ce penchant dans une partie du croyant plus qu’une autre. Il mentionne le mal sortant du cœur, et relie aussi le mal au corps (à la conduite concrète). Par l’Esprit faites mourir les actions du corps (Rm 8 v 13).

On ne peut le faire que par l’Esprit de Dieu, Paul le précise (v 2, 9, 11, 14) ; ça vaut aussi quand il ne le répète pas (nous marchons non selon la chair mais selon l’Esprit, v 4). Pour lui, l’Esprit par lequel il faut marcher (Gal 5 v 16), c’est l’Esprit que vous avez reçu de Dieu (3 v 2) : il a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils (4 v 6).  En aucun cas, les versets opposant la chair à l’Esprit de Dieu n’enseignent d’opposer l’âme à l’esprit de l’homme, comme si ‘chair’ était synonyme de ‘âme’. À part une fois (Jcq 3 v 15), ‘charnel’ ne traduit pas ‘psychique’ (de l’âme) mais toujours une variante de ‘sarx’ (chair). Exemples : Rm 7 v 14, 1 Co 3 v 1-3, 2 Co 1 v 12, 10 v 4, 1 Pi 2 v 11. Et c’est pour parler des luttes du chrétien contre le péché.  Note : le NT parle une fois d’homme psychique (naturel) et une fois de corps psychique pour dire, non les luttes du chrétien, mais la nature de l’homme sans Dieu (1 Co 2 v 14) ou la condition de mortel du croyant (15 v 44).

Puisque dans le NT ‘chair’ n’est pas synonyme de ‘âme’, crucifier la chair n’est pas museler mon âme par mon esprit. Le remède de Dieu n’est pas là (Ps 103 v 1 ne dit pas ça). Dans le NT l’homme spirituel n’est pas conduit par son esprit, mais par l’Esprit de Dieu (Rm 8 v 14). Il ne faut pas détourner vers mon esprit la foi qui est due au Saint Esprit.  On objectera : « mais c’est mon esprit qui est habité par l’Esprit Saint ». Le NT ne dit jamais ça. Jésus dit simplement : il sera en vous, Paul dit : dans nos cœurs, et : votre corps est son temple (1 Co 6 v 19). Compter sur mon propre esprit pour vaincre, tord gravement l’idée d’être rempli du Saint Esprit.

 

Est-ce que 1 Thessaloniciens 5 enseigne une autre voie pour être saint ?

Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entier ; que de vous tout entier l’esprit et l’âme et le corps soient gardés sans reproche à l’avènement de notre Seigneur Jésus Christ (1 Th 5 v 23 litt.).  Voilà, dans toute la Bible, le seul verset qui regroupe les trois mots esprit, âme, corps. Et c’est pour prier que Dieu sanctifie le croyant tout entier ; Paul le dit deux fois. L’idée n’est pas : séparément l’esprit, l’âme, le corps. Ni même : successivement l’esprit, d’où l’âme, puis le corps. L’idée d’une « sanctification par hiérarchie » force le verset ; à ce verset unique elle fait supplanter la masse du texte biblique.

Cette prière pour la sanctification des Thessaloniciens confesse que c’est Dieu qui le fera (v 24). Paul ne dit aucunement que leur sanctification se fera par le principe de hiérarchie entre esprit, âme, et corps. Paul oriente la foi des lecteurs vers le Dieu fidèle, le Dieu de paix, pas vers une définition de esprit, âme, corps.  Ici, Paul les distingue mais sans fractionner en trois sanctifications. De même qu’il ne fractionne pas en priant qu’on soit fortifié par son Esprit dans l’homme intérieur (Eph 3 v 16).

1 Th 5 v 23 est souvent détourné pour dire que si l’homme est à l’image de Dieu c’est en tant que créature ‘trinitaire’. Mais Dieu, qui nous connaît mieux que personne, n’a jamais fait écrire dans la Bible un parallèle entre les trois personnes de la trinité et trois composantes de notre être. De plus, il y a un non-sens à parler de l’humain comme trinitaire, car il n’est pas du tout trois ‘personnes’ en une.

 

 

quatrième partie

RÉFLEXIONS COMPLÉMENTAIRES

 

Éternel, tu me sondes et me connais (Ps 139 v 1), Éternel, connais mon cœur (v 23).

 

Ils adoreront le Père en esprit et en vérité.

Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité (Jn 4 v 23-24).  Faut-il comprendre ‘esprit’ avec majuscule ou sans ?  Jésus dit-il d’adorer par l’Esprit Saint ? Si oui, c’est un fruit de : Dieu est Esprit. J ésus dit-il d’adorer par notre esprit ? Si oui, c’est adorer de tout notre être intérieur, indépendamment du lieu géographique (v 20). En ce sens, Paul écrit : Dieu, que je sers en mon esprit (Rm 1 v 9), ou : absent de corps, je suis avec vous en esprit (Col 2 v 5).  Quelle que soit ma compréhension de ‘adorer en esprit’, bibliquement ça ne peut pas signifier : ‘et non en âme’.

 

Est-ce que 1 Corinthiens 14 oppose esprit et intelligence ?

Si je prie en langue, mon esprit est en prière, mais mon intelligence demeure sans fruit (1 Co 14 v 14).  Ici, l’intelligence est litt. la raison. En général la Bible identifie plutôt raison et esprit. Cependant la distinction faite ici signifie quelque chose. Elle concerne un type particulier d’inspiration qui surpasse ponctuellement l’intellect, dans le don du parler en langue (parler qui n’est pas élaboré par l’intellect, et non : qui requiert d’être inconscient). Bien sûr, dans le NT, prier ou adorer en esprit n’est pas uniquement prier en langue.

Paul signifie-t-il que l’église doive abandonner son intellect pour accéder à une prière ‘supérieure’. Ou qu’il serait plus spirituel de prier sans penser ? Aucunement.  D’une part, jamais la Bible ne valide une mystique excluant la raison. D’autre part, tout le paragraphe encourage l’inverse : je prierai aussi avec l’intelligence (1 Co 14 v 15), je chanterai aussi avec l’intelligence (id), sinon l’autre n’est pas édifié (v 17).

 

Y a-t-il quelque avantage à dissocier âme et esprit ?

Si la théorie a tant de succès, bien qu’elle néglige « l’appel intégral », c’est que je peux y trouver des avantages.  Le principal est de répondre à mon impérieux besoin d’explications sur mon fonctionnement. La théorie aide à assumer le fait d’être encore charnel bien que je sois né de l’Esprit. Elle réduit aussi la culpabilité en innocentant mon esprit pour n’attribuer le péché qu’à mon âme, même si c’est factice.  Autre avantage, la théorie suggère un sens à quelques versets comme : quiconque est né de Dieu ne pèche pas (1 Jn 5 v 18), même si l’interprétation est arbitraire.  Un autre avantage touche à la thérapie : si j’ai une maladie psychiatrique, l’idée de distinguer entre âme et esprit peut m’aider à concevoir que mon cœur reste à Dieu ; et que tous les troubles de ma psyché ne rendent pas ma foi inauthentique (cependant, la psychologie rationnelle et la Bible ne donnent pas le même sens au mot âme).  On pourrait sans doute allonger cette liste d’avantages.

Mais la théorie dit elle-même ses limites : elle est une construction mentale forçant la parole de Dieu. Ce qui, à long terme, travaille contre ma sanctification.

 

Quel est l’avantage de ne pas dissocier âme et esprit ?

C’est principalement de ne pas mettre mon espoir, moi qui souffre d’être à la fois charnel et né de Dieu, en un remède que la Bible ne propose pas.  Elle dit que je suis saint et que je pèche, elle ne relie pas cela à deux parties distinctes du cœur, mais au fait que je suis né de nouveau et aussi né après la chute. Cette simultanéité, le NT l’admet (1 Jn 2 v 1) sans la résoudre par quelque artifice. Elle sera résolue au Jour de Christ ; en attendant, il est le bon berger dont la thérapie est : suis-moi ! Et son appel est « intégral ».

 

Conclusion.

Dans la Bible, l’enjeu du thème âme-esprit n’est ni psychologie ni anthropologie, mais sanctification !  Et jusque dans la dimension céleste, les saints sont indifféremment : les esprits des justes parvenus à la perfection (Héb 12 v 23) ou : les âmes de ceux qui avaient été martyrs (Ap 6 v 9).

 

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