En nous sanctifiant, Dieu nous fait vivre pour lui. Il nous apprend à être saints de corps et d’esprit (1 Co 7 v 34). Ces mots apparaissent dans le contexte du tiraillement vécu par tout chrétien (v 29 à 35) : vivre pour le Seigneur ou vivre pour soi ? S’engager dans la sainteté ravive cette question ! Elle touche soit une chose « permise » comme le mariage, soit des choses où il y a péché. Le texte de 1 Co 7 déplore : bien que la figure de ce monde passe, nous restons facilement partagés entre les choses du Seigneur et celles du monde. Le remède c’est de persister dans la sainteté ! Et le texte précise : sainteté de corps et d’esprit, car notre lutte est celle d’un être qui est à la fois homme extérieur et homme intérieur (2 Co 4 v 16).

Cet article est le troisième de la série de trois. Voir aussi  Sainteté : d’abord Dieu,  et  Sainteté : notre sanctification.

 

L’homme extérieur se détruit, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour.

Bien sûr il s’agit d’un même homme. L’homme extérieur est « corps » adapté à la vie sur cette terre (qui elle aussi sera détruite), l’homme intérieur est « cœur » prévu pour la relation avec Dieu (et les frères ou sœurs) ici-bas et en l’éternité. Le premier sera ‘remplacé’ : Dieu nous promet un corps céleste (1 Co 15). Le second est ‘racheté’ : Dieu le régénère en nous faisant naître d’en haut. La nécessité de tenir le corps en bride cessera, mais la joie d’un esprit attaché à Dieu ira croissant. Même si nous gémissons en attendant la rédemption de notre corps (Rm 8 v 23).

Être saint(e) de corps et d’esprit c’est soumettre à Dieu l’extérieur autant que l’intérieur. Le corps tend non vers Dieu mais vers son propre confort, l’esprit (de l’homme) est tentable mais il s’attache à Dieu. Si quelqu’un trouve humiliant d’avoir encore des élans contraires à la gloire du salut promis, vers lui vient la voix du Très-Haut : je demeure dans les lieux élevés et dans la sainteté, mais aussi avec l’opprimé et celui qui est humilié dans son esprit, afin de ranimer les esprits humiliés, afin de ranimer les cœurs opprimés. Je ne veux pas contester à toujours, ni garder une éternelle indignation quand devant moi tombent en défaillance les esprits, les êtres que j’ai faits (Es 57 v 15-16). Dans ce verset les mots « esprit » et « cœur » sont équivalents, et sont employés pour dire à quelle profondeur Dieu me comprend.

Il compatit, en sanctifiant par la vérité. Il enseigne que le corps lui appartient et doit être tenu dans la sainteté, et non haï. Quand Paul dit : je traite durement mon corps et le tiens assujetti (1 Co 9 v 27), par une comparaison avec l’athlète il parle de consécration au service de l’Évangile, ce à quoi le corps n’aspire pas du tout. On doit tous le tenir en bride, pour l’Évangile et pas uniquement si on est esclave de la mode, tenté par les excès, ou dans la débauche. (voir l’article : SAINTETÉ : NOTRE SANCTIFICATION, 3e et 4e parties).

 

Dieu nous a créés « un cœur dans un corps ».

Il y a dualité : ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme (Mt 10 v 28), ou : le corps sans esprit est mort (Jcq 2 v 26). On pense couramment que la religion traditionnelle voit deux composantes en l’homme, tandis que la Bible en verrait trois. C’est un malentendu résultant d’une différenciation excessive entre âme et esprit. Quand nous lisons les mots « âme » et « esprit » nous tendons à distinguer et définir, mais le texte biblique les emploie généralement l’un pour l’autre. Dans la majorité des versets qui en parlent, les deux mots désignent la même chose : le cœur de l’homme. L’Éternel regarde au cœur (1 Sam 16 v 7). Les Écritures ignorent l’opposition occidentale entre la tête et le cœur, mais parlent des pensées du cœur, qui est tout l’homme intérieur, pas uniquement affect et empathie.

Dans la Bible le cœur de l’homme est « âme-esprit » (voir Annexe 1). Cette expression (utilisée par H. Blocher) souligne que c’est globalement une même chose (voir Annexe 2). Parlant des émotions de Jésus, Jean emploie en équivalence le mot esprit (il frémit en son esprit et fut troublé, Jn 11 v 33) et le mot âme (maintenant mon âme est troublée, 12 v 27). La fois où le NT évoque une séparation entre âme et esprit de l’homme, c’est pour dire que seule la Parole vivante de Dieu pénètre jusque-là et y juge les pensées du cœur (Hb 4 v 12). Un seul verset de la Bible regroupe les mots « esprit, âme, corps » (1 Thess 5 v 23), non pour préciser en quoi ils se distinguent, mais pour affirmer que Dieu sanctifie l’être « entier ». (voir aussi Annexe 3)

 

 

C’est à savoir, Jésus et toute la Bible parlent de cœur mauvais et aussi de cœur bon :

Jésus dit : du cœur sortent les mauvaises pensées, meurtres, adultères.

(Mt 15 v 19) À la création, le cœur ou « âme-esprit » de l’homme était docile envers Dieu : l’homme devint une neshama (héb. âme) vivante (Gn 2 v 7), une psukè (grec âme) vivante (1 Co 15 v 45). Mais par le péché vint la rupture d’avec Dieu et donc, à la fois une nécrose et une hypertrophie intérieure : dans la descendance d’Adam, l’âme-esprit s’est promu maître bien que marqué de mort. Le cœur de l’homme veut, pense, sent, décide… sans Dieu. Et c’est ce que visait le tentateur (vous serez comme des dieux, connaissant le bien et mal) car il savait que cette connaissance – interdite par Dieu – allait non les libérer mais les engluer dans le mal. D’où l’expression homme psychique (régi par l’âme) soulignant que l’âme-esprit humain, dénaturé, ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu (1 Co 2 v 14) car il est mû par les passions qui guerroient dans ses membres (Jcq 4 v 1).  (homme psychique est traduit par homme naturel, homme charnel, homme animal du latin anima : souffle de vie, âme)

 

Jésus dit : heureux les cœurs purs.

(Mt 5 v 8) Il le dit parce que Dieu avait promis : je vous donnerai un cœur nouveau (Ez 36 v 26). Quand je nais de nouveau, c’est que la parole de Dieu a régénéré mon cœur. Alors, Jésus me redit : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur (Mt 22 v 37), et il illumine les yeux de mon cœur (Eph 1 v 18). Mais attention, Jésus parle aussi à des disciples de dureté de cœur (Mc 16 v 14) et les épîtres parlent de cœurs incrédules et mauvais (Hb 3 v 12). Le NT est clair, une marque de la chute subsiste sur mon cœur et le rend capable de mal c’est à dire, puisqu’il est âme-esprit, capable de sagesse psychique (Jcq 3 v 15) ou souillure de l’esprit (2 Co 7 v 1). Le NT qualifie de charnel (1 Co 3 v 1) ce qui obéit à cette marque, et de sanctification ce qui y résiste.

C’est notre combat de foi : en persistant envers et contre tout à servir l’Évangile, en persistant dans l’obéissance à Dieu, nous voyons notre cœur – qui est en même temps pur et charnel – être sanctifié par la vérité. C’est le perfectionnement des saints (2 Co 13 v 9b), dans le NT le mot parfait est à la fois simple et lourd de sens : il signifie « accompli » par Dieu (Hb 10 v 14) ou « parachevé » selon sa volonté (Mt 5 v 48).

 

Jésus dit : si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la.

(Mt 5 v 30) La Bible enseigne au chrétien qu’il est en Christ mais qu’il reste charnel, d’où un combat de foi. Pensant lui simplifier ce combat, on recourt trop à un artifice expliquant que c’est son esprit qui serait déjà parfait, et son âme seule qui resterait à purifier. Ce discours est si répandu qu’on le répète tous. Mais, pour enseigner que notre cœur est à la fois ‘déjà’ sanctifié et ‘encore’ à sanctifier, l’Écriture ne fait pas la distinction d’appliquer le ‘déjà’ à notre esprit et le ‘encore’ à notre âme. Face aux tiraillements du cœur, la réponse biblique n’est pas d’enseigner la différence entre esprit et âme. La réponse est : pensez à ce qui est en haut, non à ce qui est sur la terre (Col 2 v 2), car vous êtes morts et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu (v 3). Assumez votre responsabilité, faites mourir votre nature terrestre : passions, mauvais désirs, etc. (v 5) choses que la Bible attribue à la fois au corps et au cœur. En un mot, revoici « la » question : vivre pour Dieu ou vivre pour soi ?

 

C’est par la vérité que Dieu sanctifie, c’est à elle que mon cœur se soumet. 

Voilà une sainte évidence ! Qui est à rappeler sans cesse : c’est à la parole sanctifiante de Dieu que je m’accroche, comme à un moteur qui me tracte. Quel bonheur, je suis un homme spirituel quand je suis régi par l’Esprit de vérité. Et non quand je suis tracté par ma vertu intérieure, même religieuse.

Il existe une conception (forçant le texte biblique) selon laquelle le moteur c’est mon esprit, qui doit soumettre mon âme ; mais cela revient à me maintenir aux commandes. La Bible n’oppose pas la chair à mon esprit (qu’elle ne définit pas) mais à l’Esprit de Dieu. On objectera : c’est égal car mon esprit est habité par l’Esprit Saint. Mais Jésus dit simplement : il sera en vous, Paul dit : envoyé dans nos cœurs (Gal 4), et : votre corps est son temple (1 Co 6). Le verset : garde ton cœur (qui est âme-esprit) plus que toute chose car de lui viennent les sources de la vie (Prov 4 v 23) s’explique par : garde mes paroles dans le fond de ton cœur (v 21). Beau réconfort, c’est à la parole de Dieu que mon cœur se soumet pour être sanctifié.

 

 

ANNEXE 1.   Coup d’œil sur l’emploi biblique des mots « âme » et « esprit ».

Quand on les lit, il ne faut pas leur donner le sens qu’ils ont dans la culture profane. En français usuel on parle de l’âme comme sensibilité et de l’esprit comme finesse d’intelligence, c’est culturel. En réflexion ‘chrétienne’ on parle de l’âme comme personnalité propre et de l’esprit comme récepteur de Dieu, c’est artificiel car Dieu demande à être reçu par l’homme entier. Il est courant que la Bible emploie plusieurs mots, non pour exprimer des sens divergents, mais pour approcher un même sens. Par exemple : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée (Mt 22 v 37), cela insiste sur un amour total et non sur trois amours juxtaposés. Pour l’AT comme pour le NT, les mots âme et esprit (de l’homme) sont quasiment interchangeables. Exemple de l’AT : mon âme te désire de nuit, oui mon esprit au dedans de moi, te cherche diligemment (Es 26 v 9). Exemple du NT : demeurez fermes dans un seul et même esprit, combattant ensemble d’une même âme, avec la foi de l’Évangile (Phil 1 v 27).

Autant que le mot esprit, le mot âme signifie d’abord : souffle de vie. Dans l’AT, parlant de l’homme détruit par le déluge, Dieu dit : l’esprit (Gn 6 v 17). Parlant d’une résurrection physique, Élisée dit litt. l’âme : que le souffle de cet enfant revienne en lui (1 Rois 17 v 21). Dans le NT, quand Jésus ressuscite la fille de Jaïrus, le texte dit : son esprit revint en elle (Lc 8 v 55), et quand Paul ressuscite Eutychus, il dit : son âme est en lui (Act 20 v 10). Âme-esprit, les deux sont la personne humaine. Parlant de la famille de Jacob, le texte dit : 70 âmes (Gn 46 v 27), et Moïse parle du Dieu des esprits de toute chair (Nbr 27 v 17). De même, parlant de faire du bien à une personne, Jésus dit une âme (Mc 3 v 4). Et, écrivant : la grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit (Phil 4 v 23) Paul signifie : avec vous (v 2).

 

ANNEXE 2.   N’y a-t-il aucune distinction entre âme et esprit de l’homme ?

La Bible, le plus souvent, assimile l’intelligence de l’homme à son âme (mon âme observe tes préceptes, Ps 119 v 167) donc à son esprit : dans un homme c’est l’esprit, le souffle du Tout-Puissant, qui lui donne l’intelligence (Job 32 v 8). Mais, rarement, la Bible fait une distinction : si je prie en langue, mon esprit est en prière, mais mon intelligence demeure stérile (1 Co 14 v 14). Et bien sûr en Hb 4 v 12 déjà cité.

Il semble qu’il y ait une distinction, quelque part, mais la Bible ne donne pas les éléments qui permettraient de la cerner. Sans doute pour que le disciple ne cherche pas la clé en lui-même mais dans les paroles sanctifiantes de son Maître. Pour souligner cela, la seule comparaison physique que donne le NT est : séparation des jointures et des moelles (Hb 4 v 12), ce que nul vivant ne peut faire sur soi-même, et s’il le fait sur autrui il le tue. C’est dans la philosophie grecque que la clé de vie est : « connais-toi toi-même », dans la Bible c’est : « connaître Dieu ».

 

ANNEXE 3.   L’expression « esprit, âme et corps ».

La Bible regroupe une seule fois les trois mots dans le même verset (1 Th 5 v 23). Souvent, il est détourné pour dire que si l’homme est à l’image de Dieu c’est en tant que créature ‘trinitaire’. Mais Dieu, qui nous connaît mieux que personne, n’a jamais fait écrire dans sa Parole un parallèle entre les trois personnes de la trinité et les composantes de notre être. De plus, il y a un non-sens à parler de l’humain comme trinitaire, car il n’est pas du tout trois personnes distinctes en une. Quel que soit le thème de réflexion, défions-nous des symétries ou déductions que la Bible ne fait pas explicitement.

 

ANNEXE 4.   La psychologie (l’étude de la psuchè) n’est pas à rejeter.

En observant ce qui est sain ou dysfonctionnel dans un aspect de l’âme-esprit humain, la psychologie observe des créatures de Dieu. Ce faisant, elle identifie des « lois psychologiques » et les étudie. En tant que science, elle aide les gens à mieux se comprendre eux-mêmes. Ainsi, il n’est pas nécessaire qu’un psychologue soit chrétien pour m’aider à identifier tel ou tel schéma intérieur, émotion ou réaction avec lesquels je me débats. Je dois être reconnaissant pour cette aide, sachant l’importance d’un fonctionnement humain ‘correct’. Bien sûr je reste reconnaissant envers Dieu car, aussi ‘équilibré’ serais-je, ma vraie clé de vie est en lui. Si, ayant bénéficié de l’aide d’un psychologue, j’appelle cela mettre de l’ordre entre mon âme et mon esprit, je fais un usage impropre des mots mais ce n’est pas une erreur très dommageable. Par contre, les correspondances qui existent entre le texte biblique et certaines définitions psychologiques, ne doivent pas me faire confondre la psychologie qui peut expliquer et la parole de Dieu qui a un pouvoir sanctifiant.