Cette expression est de l’apôtre Paul. Elle désigne l’accord qui doit exister entre nos paroles et celles que, dans sa Révélation, Dieu donne à croire (analogia signifie accord).  Pour tout disciple et pour ceux qui prêchent, cette analogie est un critère central de progrès !

 

De quoi s’agit-il ?

Paul écrit : si (le don exercé) est la prophétie, que ce soit selon l’analogie de la foi (Rm 12 v 6).  Ce critère, quel est-il ? On le découvre en cherchant à comprendre ce verset-même.  D’abord on s’interroge : le mot foi désigne-t-il ici comme presque partout « le fait de croire » ? Le NT lui donne-t-il ailleurs un autre sens ? Oui : en Jude v 3, le mot foi désigne forcément « le contenu qui doit être cru » : la foi transmise aux saints une fois pour toutes. Et on observe : ça ne s’oppose pas au fait de croire, ça le renforce plutôt car ce que Dieu a transmis doit être cru !  Ensuite on note que Rm 12 v 6 mentionne la prophétie ; or, dans la Bible, ce don ne résulte jamais des certitudes du prophétisant mais toujours d’une Parole de Dieu.  On comprend finalement que Rm 12 v 6 ne signifie pas : le prophétisant doit croire ce qu’il dit, mais : ce qu’il dit doit être en accord avec le contenu que Dieu a défini. Défini par ce que Jésus nomme l’Écriture ; de sorte que l’analogie de la foi est, dans la pratique, l’analogie des Écritures. D’où ce résumé : « c’est l’Écriture qui explique l’Écriture ».

 

Par Dieu il y a une cohérence interne aux Écritures.

Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner dans la justice (2 Tim 3 v 16). Dans le contexte immédiat de ce verset, l’expression toute Écriture désigne toute portion des Écrits saints que Timothée connait (v 15), c’est à dire du canon hébreu de l’AT (le NT était en cours de rédaction, 2 Pi 3 v 16).  En quoi toute Écriture est-elle utile ? En ce qu’elle est inspirée de Dieu !  De lui vient la puissance des Écrits : ils peuvent te donner la sagesse en vue du salut par la foi en Jésus-Christ (v 15). De Dieu vient aussi leur unité. Jésus les valide donc comme un tout : l’Écriture ne peut être abolie (Jn 10 v 35).

Comment le servirons-nous sans adopter la considération qu’il avait pour l’Écriture, dont tous les textes s’articulent entre eux ?  Si nous devons obéir à la Parole de Dieu, dans la crainte de Christ, notre prédication doit y obéir tout particulièrement !

 

Jésus pose le principe de l’analogie des Écritures.

Dans l’épisode où il est tenté au désert (Mt 4 v 1 à 11), dès le début Jésus nous montre son arme : il est écrit.  Pour la deuxième tentation (afin d’apparaître Fils de Dieu, jette-toi du haut du temple), le diable copie l’arme mais en manipulant ce qui est écrit : il donnera des ordres à ses anges à ton sujet ; et ils te porteront sur les mains, de peur que ton pied ne heurte contre une pierre (Ps 91 v 11-12).

La parade de Jésus est une immense leçon pour quiconque réfléchit et prêche : elle fonde ce que Paul nommera l’analogie de la foi. La parade c’est : il est aussi écrit (v 7). C’est à dire, le Ps 91 doit se comprendre en rapport avec le reste de l’Écriture.  Ici, vu que l’enjeu immédiat est de vaincre une manipulation, Jésus tranche par un seul verset : tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu (Dt 6 v 16). Il n’argumente même pas que ce psaume évoque la défaite du diable : tu fouleras le dragon (Ps 91 v 13).

Si le Ps 91 avait été tordu par simple ignorance humaine, Jésus aurait peut être répondu : « le contexte c’est de reposer sous les ailes du Très-Haut, vous devez comprendre les v 11-12 dans ce sens, sans extrapoler qu’on peut provoquer Dieu ».

 

Réfléchir selon l’analogie de la foi, est plus simple qu’il n’y paraît.

On pourrait penser : « je n’y arriverai pas, je ne connais pas suffisamment la Bible pour aller voir tout ce qui est écrit ailleurs ». En fait il ne s’agit pas de ‘tout’ voir à chaque fois, mais de voir avec Jésus !  C’est lui le berger des brebis, il marche devant elles (Jn 10 v 4), il leur fait trouver des pâturages (v 9), pas à pas : à chaque jour suffit sa peine (Mt 6 v 34).

On pourrait penser : « je suis habitué à une lecture immédiate du texte, et à défendre mon interprétation ; je n’aurai guère la discipline d’aller vérifier ailleurs dans la Bible ». En fait, ça dépend si on veut utiliser la Bible pour prêcher ce qu’on pense, ou si on veut être disciple de Christ. À sa suite, on va apprendre.  Une illustration peut aider : si quelqu’un n’ayant jamais eu de lunettes en a maintenant besoin pour lire, il peut penser : « je n’aurai pas assez de rigueur pour toujours savoir où elles sont, je les oublierai », etc. Or il intégrera cette rigueur, par une cause simple : avec les lunettes il verra mieux.

C’est pareil pour adopter l’analogie de la foi : avec elle on a le bonheur de voir mieux. Voir comment l’Écriture cite l’Écriture et l’éclaire (ex. Mt 1 v 23) ; voir comment la révélation biblique est graduelle ; voir comment les paroles de Jésus sont en amont de celles des apôtres ; voir comment les versets limpides aident pour approcher les versets mystérieux. Etc.

 

Ça implique de voir le contexte comme étant parole de Dieu.

Le contexte immédiat, les versets voisins (Jn 10 v 9 : si quelqu’un entre par moi il sera sauvé, il entrera et sortira, ça s’explique par la comparaison avec un troupeau, ça ne prédit pas qu’on sera versatile).  Le contexte large, le livre, ou les autres du même auteur (Gal 3 v 28 : il n’y a plus ni juif ni grec, ça ne peut s’interpréter contre Rm 3 v 1 : le privilège du juif est considérable).  Le contexte plus large, l’alliance (Jn 19 v 30 : tout est accompli, ça signifie que Jésus a achevé l’expiation, et non que le disciple n’a plus à œuvrer, Eph 2 v 10).  Le contexte global, AT et NT qui convergent (Jn 8 v 56 : Abraham a vu mon jour et il s’est réjoui).

Si on parle seulement de respect du contexte, ça vaut pour tout écrit humain.  Si on parle d’analogie de la foi, ça nous réfère à Dieu et son Esprit Saint. Par lui la Bible est transmise aux saints une fois pour toutes, par lui le mot vérité apparaît uniquement au singulier.

 

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(voir aussi :   » L’analogie de la foi  » : deux exemples.  et :   » L’analogie de la foi  » a un rival,  et :   » Proportions et disproportions « )